LISIÈRES (Extrait)

 

Lisière

 

À l’orée des jours,

 S’adosser à l’arbre.

 Être liane pour la cambrure du lien,

 Écorce survivant à la douleur des blessures,

 Sève et eau dans la brûlure du désir,

 Branche enlaçant les nuages.

 Être racine, amoureuse d’ombres souterraines.

 

S’adosser à la roche.

 Être cairn justifiant la rencontre,

 Sable dévoilant la déflagration première,

 Galet sculpté par la colère de la mer,

 Pierre solitaire en bordure des ravins.

 Être falaise et y accrocher son âme.

 S’adosser à la pluie.

Être odeur d’herbe mouillée,

Feuille luisante du figuier,

Flaque abreuvant étoiles et oiseaux,

Ruisseau pour la fraîcheur des berges oisives.

Être ruissellement glissant dans les plis de la terre.

 

Et à l’orée des jours et des nuits,

Adossé à l’arbre, à la roche, à la pluie

Être souffle, tenu en lisière

Par les balbutiements de l’amour

Et les vibrations du vivre.

 

 

PAR TEMPS DÉSORDONNÉ   (Extrait)

Que dire ?
Que dire de ces mots
Qui bâillonnent
D’autres mots
Effacent
Toute résonance
Ignorent
L’écho
Ne donnent
Ni ne prennent ?

Que dire de ces mots
Qui détruisent
Toute résistance ?

 

 

CE QUE JE SAIS D'ELLE (Extrait)

 

 

Hiver

 

Une morte-saison? Non, mais une saison

de flamboyances argentées, de silences scintillants et de bruits secrets.

Bégaiements de la source, gémissements des vents coulis,

soupirs des nuages.

Saison en résistance à nulle autre pareille.

Sur les berges du torrent, entre les pliures durcies des sables noirs, des brisures d'écorce s'emperlent de  givre.

Des éclats de pierre se muent en joyaux.

Saison de cristal tissé de rêves improbables.